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France, pourquoi la promesse "zéro SDF" d'Emmanuel Macron est irréalisable !

Info du moment 7J/7 A53News.com - Mercredi 3 Janvier 2018 - 0 Commentaire| Lu 166 fois |

Lors de ses vœux, Emmanuel Macron a réitéré sa volonté d'"apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd'hui sans abri". Un objectif compliqué.



Lors de ses vœux, Emmanuel Macron a renouvelé son engagement "d'apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd'hui sans-abri". Une promesse déjà formulée pendant l'été, quand le président avait déclaré ne plus vouloir d'ici à "la fin de l'année, avoir des femmes et des hommes dans les rues".

Des propos qui lui avaient valu des critiques de la part des associations, lui reprochant son manque d'action en la matière. Dimanche soir, devant les Français, le chef de l'État a estimé que le gouvernement "s'était beaucoup engagé" sur le sujet, tout en reconnaissant qu'il y avait "beaucoup à faire".

En effet, 4 millions de personnes sont sans abri, mal logées ou sans logement personnel en France, selon les chiffres du rapport annuel sur l'état du mal-logement de la Fondation Abbé Pierre, publié en janvier 2017. Un chiffre qui rend l'engagement d'Emmanuel Macron difficile à réaliser. Voici pourquoi.

De plus en plus de personnes sont mal logées

Première donnée : l'augmentation du nombre de personnes sans abri fixe en France. "En 2012, l'Insee recensait déjà plus de 140.000 personnes sans domicile. Aujourd'hui, 5 ans après, elles sont plutôt autour de 200. 000. Il y a un gap. Et surtout, on a beaucoup de gens qui sont au bord, qui sont hébergés chez des tiers, chez de la famille, des amis, et puis un jour ça bascule, et ces gens-là arrivent au 115", explique au JDD Éric Pliez, président du Samu social.
Le profil des personnes mal logées a également changé. "On note une augmentation de la proportion des familles avec enfants qui appellent le 115", observe Florent Guéguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité, avant de poursuivre : "C'est un changement majeur du visage de la grande exclusion, puisqu'on est clairement sorti du modèle assez classique d'une personne sans abri comme un homme seul, isolé et un peu âgé.

La défaillance du système d'hébergement d'urgence

Le 22 décembre dernier, Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, et Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, soulignaient l'action du gouvernement pour venir en aide aux plus démunis. Ainsi, 9.000 places supplémentaires en hébergement d'urgence ont été ouvertes dans le cadre du plan hivernal, soit 13.000 de plus que l'an dernier à la même période, précisaient les deux ministres. Le parc d'hébergement d'urgence s'élève au total à 140.000 places, auxquelles viennent s'ajouter 80.000 places réservées aux demandeurs d'asile. 

Insuffisant, répondent les associations. "On est très loin d'avoir un système capable de proposer une place à toute personne qui sollicite un hébergement et qui est en situation de détresse. Au mois de novembre, sur des grandes villes comme Paris, Lyon ou Lille, on a constaté qu'entre 60 et 80% des demandes d'hébergement qui sont formulées au 115 n'obtiennent pas de solutions d'hébergement", explique ainsi Florent Guéguen.

Le président du Samu social dresse le même constat : "Il manque au moins 3.000 places en Ile-de-France", relève-t-il, estimant que les placées créées pour l'hiver "devraient être pérennisées". Dans le dispositif actuel, les personnes qui sont hébergées cet hiver vont se retrouver de nouveau à la rue au 31 mars, date qui marque la fin du plan hivernal. "Il y a un deuxième problème : la fluidité. C'est un système dont on ne sort pas. On a des gens qui restent bloqués: autour de 25% de travailleurs pauvres se  trouvent dans les hébergements, alors qu'ils devraient être dans des logements", analyse-t-il encore.

Là aussi, le changement du profil des personnes qui se retrouvent sans abri joue. Sur les places disponibles en hébergement d'urgence, "l'immense majorité est dédiée aux hommes seuls et aux couples sans enfants, alors qu'il y a de plus en plus de familles. Cela interroge sur l'inadaptation du parc d'hébergement", note le directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité. 

La promesse du "zéro SDF" sera-t-elle à Macron ce que l'inversion de la courbe du chômage a été pour François Hollande?

Ces éléments rendent complexe la réalisation de l'engagement pris par Emmanuel Macron. Engagement qui en rappelle un autre, sur un sujet différent : celui pris par François Hollande le 9 décembre 2012. À savoir, inverser la courbe du chômage "d'ici un an". "Je n'en dévierai pas. Non par obstination, mais par conviction. C'est l'intérêt de la France", avait lancé l'ancien président socialiste. Une promesse ambitieuse et impossible, à laquelle son quinquennat a sans cesse été ramené.

Une promesse déjà énoncée par les prédécesseurs de Macron…

La promesse "zéro SDF" n'est pas nouvelle en politique. Lors de la campagne présidentielle de 2002, Lionel Jospin l'avait ainsi déjà formulée, avec comme ligne de mire la fin du quinquennat. Un engagement qui était rapidement devenu un "objectif idéal", qu'il n'aura finalement jamais eu l'occasion de tenter de mettre en œuvre.

En 2007, c'était au tour de Nicolas Sarkozy de formuler le même type de promesse. "Je veux, si je suis élu président de la République, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid", avait-il ainsi déclaré. Trois ans plus tard, l'échec est cuisant : 141.500 personnes étaient sans domicile fixe en France métropolitaine début 2012, soit une progression de près de 50 % depuis 2001, selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre.

"On n'a pas vu vraiment sur le terrain de concrétisation de ce type de grande déclaration", commente Florent Guéguen, avant de poursuivre : "Avec la déclaration du président, on est un peu dans le même processus. Ce qui est dommageable, c'est qu'il y a un vrai décalage entre la parole présidentielle et les décisions qui sont prises." À raison : dans le projet de loi de finances pour 2018, le gouvernement a réduit le budget dédié au logement social de 1,7 milliard d'euros, passant de 18,3 milliards en 2017 à 16,5 milliards d'euros en 2018.

lejdd

Mercredi 3 Janvier 2018
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